Cetait au temps ...

Julie CIRIEZ épouse GRAIN

C’est à Reims, dans le département de la Marne, que Julie Ciriez pousse son premier cri, un lundi 15 juin 1868. Une naissance loin de l’ancrage familial, comme un premier signe d’une vie marquée par le mouvement. Ses parents, Louis Ciriez et Julie Wanecq, se sont mariés l’année précédente à Bertry, dans le Nord. Mais ils n’y restent pas.

Ce sont des pigeons voyageurs, des âmes nomades que la vie entraîne d’un lieu à l’autre au gré des opportunités et des nécessités. Ainsi, les berceaux de leurs enfants s’égrènent dans diverses localités, comme autant d’étapes d’un itinéraire incertain :

  • En 1871, la petite Clotilde voit le jour à Bertry.
  • En 1874, c’est Louis qui naît, cette fois à Beaumont, toujours dans le Nord.
  • En 1878, la famille a déjà traversé la frontière : Aimable naît à Mons, en Belgique.

N ciriez julie 1868

Bernot

Enfin, c’est à Bernot, dans l’Aisne, que la famille pose ses valises pour quelques années. Une rare accalmie dans cette vie mouvementée.

Le père, Louis Ciriez, n’a pas de métier fixe. Tantôt marchand de vaches, tantôt boucher, ou encore journalier, il semble courir après les moyens de subsistance.

Sa femme, Julie Wanecq, a un temps tenu un cabaret, ajoutant une autre corde à l’arc de cette famille aux ressources multiples.

A Noyales

Toujours dans l’Aisne, à Noyales, la famille est signalée en 1887, cette fois en tant qu’artisans bouchers.

C’est dans ce contexte que Julie, à tout juste 19 ans, va épouser le 14 septembre 1887 Pierre Joseph Grain, un jeune homme de 23 ans, originaire du village voisin de Hauteville. Il vient de quitter l’armée après cinq années de service au sein du 17e Régiment de Dragons. Il etait employé comme domestique de ferme avant l'armée.

Une nouvelle étape commence pour la jeune femme, mais le destin n’offre pas de répit.

Deux mois avant la noce, un drame familial viendra endeuiller la noce.

Noyales aisne eglise

Drame familial

Ciriez francois noyade 1887

Le dimanche 26 juin 1887, alors que le soleil commençait à décliner sur Noyales, la petite bourgade s’apprêtait à plonger dans la quiétude d’une soirée estivale. Dans l’insouciance propre à l’enfance, François Ciriez, un bambin de 22 mois, trottinait derrière son frère aîné Aimable, âgé de huit ans, parti à la pêche sur les bords de l’Oise en compagnie d’un camarade d’école, Meunier, un garçon de 11 ans.

Le décor était paisible, presque idyllique. François, curieux et joueur, s’amusait à cueillir des fleurs sauvages et à sautiller sur les pierres bordant la rivière, insouciant du danger qui rôdait. Puis, d’un geste maladroit, son petit pied ripa, et l’instant d’après, son frêle corps bascula dans l’eau trouble.

Le jeune Meunier, témoin de la scène, réagit aussitôt avec le réflexe du désespoir. D’un mouvement rapide, il tendit une perche à François, qui, paniqué, s’y accrocha de toutes ses forces. L’espoir dura quelques secondes à peine. Trop faible pour hisser son propre poids hors de l’eau, le bambin lâcha prise et fut repris par le courant, emporté plus loin dans la rivière profonde d’un mètre cinquante à cet endroit.

Aimable, le frère aîné, n’hésita pas. Bravant l’eau froide et le courant, il se jeta à son tour dans l’Oise, luttant de toutes ses forces pour agripper le petit corps de son frère et l’empêcher de sombrer. Mais la rivière, impitoyable, déjoua ses efforts. Il tenta encore et encore, mais l’eau le happait vers le fond, menaçant de l’entraîner lui aussi dans l’abîme. À bout de souffle, il dut, dans un geste terrible de survie, lâcher son frère pour ne pas périr avec lui. Sous ses yeux horrifiés, François disparut sous la surface, avalé par les remous.

Meunier, bouleversé, courut alerter les adultes. Quelques instants plus tard, le cantonnier M. Faveraux arriva en toute hâte, accompagné d’hommes du village. Les recherches commencèrent fébrilement, l’eau était sondée, les regards scrutaient la surface en quête d’un espoir infime. Enfin, après de longues minutes d’angoisse, le corps de François fut remonté sur la berge. Mais le petit garçon ne bougeait plus.

Le père de l’enfant, Louis Ciriez, boucher de son état, était absent au moment du drame. Quand il rentra, huit heures plus tard, il refusa d’y croire. Ce n’était pas possible. Il était son père, il allait le ramener à la vie. Alors, il tenta l’impossible, s’acharnant avec tout l’amour d’un père désespéré, essayant de réchauffer ce petit corps glacé par l’eau et la nuit tombante. Mais rien n’y fit. L’asphyxie avait déjà accompli son œuvre, scellant à jamais le destin de François.

Ainsi s’achevait, dans un silence brisé par les pleurs, la courte existence d’un enfant innocent, emporté par une tragédie que ni le temps ni la mémoire ne sauraient totalement effacer.

En région parisienne

Pendant près de trois décennies, les traces de Julie et de son époux s’effacent, comme si la vie avait décidé de les engloutir dans l’anonymat des registres oubliés.

C’est grâce aux archives en ligne que leur existence refait surface.

En 1908 : le frère de Julie, Aimable se marie à L’Île-Saint-Denis, en région parisienne. La famille a donc quitté l’Aisne pour la capitale ou ses environs. Quelques années plus tard, c’est à Gennevilliers, en 1912, que l’on retrouve une autre pièce du puzzle : Louis Ciriez, le frère de Julie, y est établi comme boucher. Leur père y décède cette même année.

Julie, quant à elle, termine son périple bien loin des routes de son enfance. Son décès est constaté le 10 novembre 1914, à l’hôpital Ambroise Paré de Paris.

D ciriez julie 1914

Une fin qui laisse un goût d’inachevé. Ont-ils eu des enfants ? Où ont-ils vécu ces longues années ? L’histoire ne le dit pas.

 Et Pierre Grain ?
Que devient-il après la disparition de son épouse ?

Cette histoire reste incomplète, comme une esquisse dont il manque les couleurs essentielles. Peut-être, ensemble, pourrons-nous lui redonner un peu de chair.

 

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Date de dernière mise à jour : Mar 18 fév 2025

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Commentaires

  • Nelly
    • 1. Nelly Le Dim 20 mars 2022
    Très bien racontées les anecdotes concernant vos ancêtres. Vous avez du potentiel pour ecrire. Merci de nous en avoir fait profiter.

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